Pauline Delabroy-Allard,
le lundi 13 octobre 2025
Je m’appelle Pauline Delabroy-Allard. Je suis née en France, dans une maison où les
livres s’entassaient sur les tables, les rebords de fenêtre, les marches de l’escalier. Mon père lisait des poètes, ma mère des romancières, et moi je cherchais dans les mots une façon d’habiter le monde. Je crois que j’écris depuis toujours — d’abord sur des cahiers d’écolière, puis dans des carnets, puis sur des ordinateurs, mais toujours avec le même geste : celui d’essayer de retenir ce qui passe trop vite.
J’ai publié plusieurs livres, parmi lesquels Ça raconte Sarah, paru aux Éditions de Minuit quand j’avais 30 ans, un roman d’amour et de feu qui a bouleversé ma vie. D’autres textes ont suivi, pour les enfants, pour le théâtre, mais aussi des poèmes, comme si l’écriture cherchait chaque fois un nouveau visage. J’aime les formes multiples : les récits, les albums, les spectacles, les correspondances. J’écris dans tous les lieux possibles, dans les trains, dans les salles de classe, dans les hôtels, dans la cuisine, mais surtout dans le silence de la nuit.
Je suis aussi professeure-documentaliste dans un lycée, à Vanves, en banlieue parisienne. Chaque jour, j’essaie d’ouvrir des passages entre les livres et la vie. Les adolescent.e.s m’apprennent la sincérité, l’instant, la résistance. Ils me rappellent que les mots n’ont de valeur que s’ils parviennent à toucher quelqu’un.e.
J’ai deux filles : Bertille, quatorze ans, et Irène, cinq ans. Elles sont la mesure du temps. Leur regard m’oblige à rester du côté du vivant, de la curiosité, du jeu. Quand je les observe grandir, j’ai le sentiment d’assister à une métamorphose continue, celle de la parole, du corps, du monde. Ce qu’elles m’offrent, c’est une écriture de la présence. Souvent, la plus petite me demande pourquoi le ciel change de couleur, pourquoi les gens dorment, pourquoi les souvenirs reviennent la nuit. Ses questions contiennent déjà toute la littérature : le mystère, la peur, la beauté, la soif de comprendre.
Je crois que l’écriture est une traversée. Elle commence dans le corps, dans une émotion, dans une faille, puis elle tente de rejoindre d’autres corps, d’autres voix. Écrire, c’est envoyer un signal, une lumière minuscule vers un inconnu. J’aime penser que chaque texte est une lettre, même quand on ne sait pas encore à qui elle s’adresse. C’est pour cela que cet échange à venir me touche : il réactive la dimension première de l’écriture, celle du lien, du passage, du don.
Je vis à Paris, mais j’écris souvent en voyage : à Belle-Île, à Rome, à Hammamet, ou simplement dans les trains entre deux villes. Le mouvement m’inspire. J’aime le moment du départ, la suspension du temps, la possibilité de se réinventer ailleurs. Les paysages me servent de miroir : la mer, surtout, avec ses reflets mouvants, ses effacements. Dans mes textes, elle revient toujours. Elle est à la fois la mémoire et l’oubli, la séparation et la promesse. J’y retrouve ce que j’aime dans la littérature : un espace sans frontière, un lieu de passage où les langues se répondent.
Je suis une autrice française, mais ce que je cherche dépasse les appartenances. J’écris pour comprendre ce qui relie les êtres à travers les distances. J’écris aussi pour transmettre, pour dire à mes filles, à mes lecteurs, à mes élèves : regarde, cela existe, cela a eu lieu, cela peut encore advenir. Je crois à la force des gestes minuscules : une lettre envoyée, un mot partagé, une histoire racontée à voix basse. Dans un monde saturé de vitesse et de bruits, écrire reste pour moi un acte de résistance, une manière d’habiter le temps lentement.
J’aime les correspondances, au sens ancien et poétique. Ces lettres qu’on envoie sans savoir quand elles arriveront, ni même si elles arriveront. Cette attente, cette incertitude, me semblent plus vraies que les messages instantanés. Une lettre, c’est une main tendue dans le brouillard. C’est un espoir. Peut-être que, de l’autre côté de l’océan, quelqu’un écrira aussi le mot mer. Peut-être que ce ne sera pas la même mer, pas le même bleu, pas la même lumière. Mais les mots se reconnaîtront. Ils trouveront un écho.
J’aimerais que cette correspondance soit cela : un espace de lenteur, de curiosité et de partage. Une manière d’apprendre à se connaître par fragments, par éclats de phrases, par détails minuscules. Je crois que tout ce qui compte se trouve là : dans les traces, les voix, les respirations. Si j’écris, c’est pour rejoindre.
Et si je vous écris aujourd’hui, c’est pour commencer à marcher vers vous.
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